[🟡 Projets ]
Le Parc naturel régional du Gâtinais français, situé au sud de l’Île-de-France, est un acteur clé de la filière chanvre locale depuis 20 ans, notamment par le soutien aux agriculteurs locaux et par la promotion des solutions de rénovation utilisant des mélanges chaux-chanvre.
Depuis mai 2025, le Parc s’est engagé dans un projet de recherche sur les mélanges terre-chanvre, pour étudier le potentiel de ce matériau encore plus écologique et local. Cette recherche est portée par le Parc naturel régional du Gâtinais français, en partenariat avec l’usine Gâtichanvre du groupe Plantes&Fruits. Elle s’intègre au dispositif Extrême Défi Bioéconomie de l’ADEME, et est soutenue par la Région Île-de-France, les Départements de Seine-et-Marne et de l’Essonne, et l’Union Européenne.
La première phase de ce projet de recherche s’est déroulée de mai 2025 à avril 2026 et était animée par Victoria Caubet, chargée d’étude terre-chanvre au sein du Parc. Elle visait à identifier et caractériser le potentiel des ressources en terre crue sur le territoire du Parc, et à recueillir des retours d’expérience locaux et nationaux autour des solutions de rénovation et de construction en terre-chanvre.
Avec le soutien du Fonds Parisien pour l’innovation, notre agence Degré a accompagné la première phase de cette recherche en réalisant une enquête auprès de différents acteurs locaux et nationaux de la filière terre-chanvre, dans le but de recueillir des retours d’expérience pour la suite du projet.
Découvrez le résultat de notre travail d’enquête dans la publication en téléchargement ci-dessous, et retrouvez-en les principes conclusions dans la suite de cet article !

Qu’est-ce que le terre-chanvre ?
Le terre-chanvre est un matériau de construction et de rénovation qui appartient à la famille de la terre allégée, une famille de techniques constructives qui englobe les mélanges de terre crue et de fibres végétales (paille de blé, chanvre, lin…). Dans le cas du terre-chanvre, c’est le chanvre qui est utilisé, et plus précisément la chènevotte, c’est-à-dire le cœur rigide de la tige du chanvre.

Représentation schématique d’un plant de chanvre – degré
Le terre-chanvre présente des qualités d‘isolation thermique, d’absorption acoustique, de régulation de l’humidité, et d’amélioration du confort d’été. C’est un matériau qui n’émet pas de particules toxiques et qui n’est pas irritant pour l’organisme : il est donc sain à la fois pour les habitants et pour les artisans qui le mettent en œuvre. C’est un matériau avec un très faible bilan carbone, puisque la terre crue et le chanvre qui le composent ne sont quasiment pas transformées ; et ce bilan est d’autant plus faible que ces matières premières sont locales et proches du lieu de chantier. Enfin, c’est un matériau biodégradable et réutilisable à l’infini, et sa durée de vie est de plusieurs dizaines d’année, voire davantage si l’on se fie à certains bâtiments anciens en terre et fibres qui composent près de 15% du patrimoine bâti en France !

Photographie en vue rapprochée d’un mélange terre-chanvre – degré
La terre chanvre est proche, dans une version moins carbonée, des mélanges chaux-chanvre, parfois appelés bétons de chanvre, composés de chaux et de chènevotte.
Terre-chanvre et chaux-chanvre ont des mises en œuvre similaires :
- La mise en œuvre banchée : Le mélange est coulé entre deux banches (planches ou panneaux servant de coffrage temporaire) pour un mur neuf, ou entre une banche et un mur ancien dans le cas d’une rénovation. Une ossature secondaire noyée peut être nécessaire au-delà d’une certaine épaisseur pour rigidifier les ouvrages.
- La mise en œuvre projetée : Le mélange est projeté sur le mur (par exemple un mur ancien en maçonnerie) ou dans un coffrage perdu (par exemple, un mur à ossature bois) à l’aide de machines. Un tuyau amène la chènevotte et le liant dans une lance où les deux se mélangent avant de se coller au mur.
- Le béton de chanvre appliqué manuellement, aussi nommé enduit ou enduit correcteur thermique (selon sa composition, son épaisseur et son rôle dans le bâtiment). Le mélange est projeté à la truelle sur une faible épaisseur.



Mises en oeuvre banchée, projetée et à la truelle – degré
Les murs terre-chanvre sont souvent recouverts avec une finition, comme un enduit terre, chaux ou plâtre.
Vers une filière terre-chanvre dans le Gâtinais : enquête auprès des acteurs locaux
Le Parc naturel régional du Gâtinais français soutient l’émergence et le développement d’une filière chanvre locale depuis 2008. En parallèle d’un soutien en amont de la chaîne (auprès des agriculteurs et de l’usine de transformation du chanvre Gâtichanvre), le Parc s’investit en aval, pour promouvoir l’utilisation du chanvre du Gâtinais pour la rénovation et la construction des bâtiments du territoire, notamment sous forme de béton de chaux-chanvre.
L’engagement du Parc dans le développement d’une filière terre-chanvre, au travers du projet de recherche mentionné plus haut, s’inscrit dans cette stratégie de soutien à la filière chanvre, et plus largement d’actions portées par le Parc pour la préservation des ressources naturelles. Les mélanges terre-chanvre pourraient ainsi venir en complément des mélanges chaux-chanvre pour offrir un matériau encore plus local et plus écologique.

Les ressources en chanvre et en terre sur le territoire du Gâtinais français – degré
Dans le cadre de l’enquête que degré a réalisé pour accompagner le Parc dans cette démarche, une première étape a été de recueillir des retours d’expérience autour de l’utilisation du chanvre à l’échelle du territoire du Parc, afin d’en tirer des enseignements pour le développement de la filière terre-chanvre. Pour cela, nous avons interrogé deux types d’acteurs :
- Un échantillon de particuliers ayant bénéficié pour leurs travaux de la subvention « chaux-chanvre » portée par le Parc, interrogés par un questionnaire en ligne ;
- Un échantillon d’artisans travaillant sur le territoire du Parc, interrogés par téléphone.
Du côté des particuliers, les retours montrent une très forte satisfaction après travaux, et une vraie appropriation des qualités des matériaux chaux-chanvre mis en œuvre. Ces particuliers se disent convaincus par l’utilisation du chaux-chanvre sur leurs chantiers, et seraient intéressés pour une solution encore plus écologique et locale comme le terre-chanvre. Les principaux points de vigilance identifiés par les particuliers concernent le coût, avec la plus-value d’une subvention ciblée pour les aider à aller vers ces solutions, et la disponibilité des artisans formés à ces matériaux.

Extrait des retours d’expérience des particuliers – degré
Du côté des artisans, la mise en œuvre de mélanges chaux-chanvre est en croissance. C’est un matériau particulièrement apprécié pour ses atouts vis-à-vis de la rénovation du bâti ancien. Les artisans interrogés montrent un intérêt marqué pour le développement d’un mélange terre-chanvre local, avec une préférence pour un produit prêt à l’emploi. Les défis identifiés sont le temps de séchage élevé, qui a un impact sur le planning des chantiers ; le coût du matériau, qui doit rester compétitif ; et le manque de connaissance des clients, qui doivent être sensibilisés à l’existence de ces matériaux et à leurs qualités.

Extrait des retours d’expérience des artisans – degré
Le terre-chanvre à l’échelle nationale : points de vue d’experts de la filière
En parallèle, afin d’élargir l’état de l’art des freins et leviers des solutions constructives terre-chanvre, notre agence degré a mené 13 entretiens auprès de 18 professionnels des filières terre-chanvre. Menés entre octobre 2025 et février 2026, ces échanges ont permis de réunir les points de vue de différents «maillons» de la chaîne du terre-chanvre, de la ressource à la commande, du projet au chantier, et de l’utilisation à l’entretien.
Artisans, architectes, ingénieurs, contrôleurs techniques, chercheurs, formateurs, animateurs de réseaux professionnels, acteurs publics et institutionnels… Les profils variés et souvent multi-casquettes des personnes interviewées permettent de croiser les retours d’expérience et d’offrir un panorama nuancé des enjeux.
Leurs points de vue sur le développement du terre-chanvre ont été synthétisées et regroupées par étapes clés de la vie du matériau :

Synthèse des points de vue des experts de la filière terre-chanvre – degré
Les suites du projet : mobiliser à tous les maillons de la chaîne du terre-chanvre
La première phase du projet de recherche autour de la filière terre-chanvre sur le territoire du Gâtinais français a permis de valider deux éléments clés pour la poursuite de ce projet.
D’une part, en ce qui concerne la ressource, le travail de prospection et de prototypage mené par Victoria Caubet a confirmé le potentiel des terres locales pour réaliser du béton de terre-chanvre. La seconde phase de la recherche, démarrée en mai 2026 et pilotée par Emmanuel Moreno, successeur de Victoria Caubet, visera donc à préciser l’employabilité des terres pré-identifiées pour des cas d’usages en rénovation et en construction. Elle sera développée en partenariat avec la plateforme de recyclage Depolia et le bureau d’étude terre crue 2microns, et verra émerger plusieurs chantiers démonstrateurs sur le territoire.

Différents tests de terre-chanvre réalisés dans le cadre du projet de recherche – Victoria Caubet
D’autre part, la phase 1 a permis de révéler l’engagement et l’attente de tous les acteurs de la chaîne du terre-chanvre en faveur de son futur développement, tant à l’échelle locale du Parc et de son territoire « d’influence » (départements voire région), qu’à l’échelle nationale. Les solutions terre-chanvre sont déjà mises en oeuvre sur des projets variés, malgré les freins existants (approvisionnement, structuration de la filière, assurances, connaissance du matériau…) ; de nombreux acteurs montrent un intérêt croissant à la diffusion de ces solutions pour la rénovation et la construction neuve ; et les leviers à activer sont plutôt bien identifiés (dialogue interprofessionnel, subvention dédiée, commande locale, formation, retours d’expérience…).
Dans la phase 2, le Parc agira à la fois sur la formation des artisans locaux, et sur l’accompagnement de chantiers démonstrateurs dans les communes membres. Toutefois, pour soutenir et pérenniser la filière terre-chanvre dans le Gâtinais français, il semble également nécessaire de poursuivre dans cette phase 2 la réflexion à deux échelles menée en phase 1 : ressources et débouchés sont à la fois sur le territoire du Parc, et au-delà du territoire du Parc, tout comme les acteurs associés à ces ressources et à ces débouchés.
En particulier, les commanditaires potentiels de terre-chanvre doivent être davantage sollicités dans la suite du projet, afin d’identifier les types de commandes et d’applications possibles du terre-chanvre, et ainsi d’anticiper les volumes à prévoir de terre et de chanvre sur les prochaines années de développement et de pérennisation de la filière. L’enjeu est double, car les commanditaires ont aussi un rôle à jouer en amont, au niveau de la ressource en terres, puisque les chantiers planifiés en construction neuve, dessinent un volume potentiel de terres excavées mobilisables.

Coopérations territoriales à construire et consolider autour du terre-chanvre – degré
Si ces sujets vous intéressent, et que vous souhaitez vous investir dans le développement de cette filière prometteuse, en portant un chantier démonstrateur, une étude prospective ou tout autre projet, contactez-nous !

